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18/12/2008

"Planète Consommaction" #5 : la finance islamique est-elle un remède à la crise

ECH19756110_1.jpgFranchement, la première fois que j'ai entendu parler de "finance islamique", j'ai eu un mouvement de recul. Non pas par xénophobie, plus par une méfiance à-priori face au mélange de l'argent et de la religion. Parle t-on de "finance catholique" ou de "finance juive" ? Non, et cela sonnerait tout aussi bizarrement à mes oreilles. Sauf qu'hier, l'émission "Décryptage" de Rfi était consacré à ce sujet qui fait débat, et l'intérêt de cette émission, c'est un peu de donner un cours 'pour les nuls' en la matière. Et force est de constater que j'ai été agréablement surpris par ce que j'ai entendu.

C'est surtout en comparaison avec la crise internationale que ce type de financement prend tout son sens. Car le constat côté "finance classique" est plus que simple : l'avarice, la pingrerie, et la malhonnêteté des financiers ont entraîné le monde sur une pente descendante. Faire crédit à des ménages insolvables ? Pas de souci ! Noyer ces dettes "pourries" parmi d'autre produits ? Un dérivé, et c'est joué ! Et c'est sans parler du cas Madoff qui est pour moi de l'ordre de l'hallucination, je croyais que les systèmes pyramidaux ne concernaient que les pays les plus corrompus et les moins avancés, mais non, il s'agit bien d'une arnaque ultra-simple et très efficace dont l'origine est... un ancien patron des Bourses américaines, ancien membre de la SEC, le gendarme boursier américain. On pourrait écrire longtemps sur ce thème, mais je crois que la finance classique a prouvé à quel point le manque, l'absence de valeurs et de normes pouvait faire mal. Et encore, on en est qu'au début.

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Que peut apporter la finance islamique à ce sujet ? Quelle est sa différence ? Il s'agit de "respecter les principes religieux tout en assurant des rendements compétitifs". Point de départ simple, auquel Anouar Hassoune, qui travaille chez Moody's à la notation de ces banques islamiques, apporte sa contribution d'expert. De manière pédagogique, M. Hassoune décrit les 5 grands principes de la finance islamique, qui fait partie de la finance éthique (qui vise à financer des projets socialement responsables).

 

  • 3 principes dits "négatifs" :
    • interdiction de l'intérêt (l'Eglise Catholique a levé ce principe en 1830, source Wikipédia)
    • interdiction d financer des secteurs illicites (pour l'Islam : l'armement, le porc, la cigarette et l'alcool)
    • interdiction de la spéculation et de l'incertitude sur les termes contractuels. On toussote un peu, c'est exactement l'origine de "notre" crise que l'on exporte par ailleurs un peu partout.
  • 2 obligations "positives"
    • partage des pertes et des profits entre les parties prenantes (vous en connaissez beaucoup vous, des banques qui financeraient votre activité en période de crise ?)
    • adosser toutes les opérations financières à des acifs réel. Là encore, la crise "occidentale" fait mal à nos consciences : pourquoi avoir spéculé sur l'argent et bati autant de montages déconnectés de l'économie réelle ?

Les postulats de base de la finance islamique sont donc à priori très bien perçus en cette période de crise. De plus, les institutions de finance islamique ne sont pas autorisées à financer des activités trop endettées (au-delà de 33%, à comparer avec le taux d'endettement des ménages américains de 120% !). Et devinez quoi ? Eh bien ces banques ne connaissent pas la crise et n'ont pas de subprimes dans leurs fichiers, car elles n'ont pas le droit d'investir dans des "produits structurés", ces "lots" dans lesquels le meilleur cotoie le pire...

murabaha.jpgAlors tout est-il rose dans le monde de la finance islamique ? Evidemment non, le principal problème réside, étrangemment, dans un manque de transparence, pas entre les banquiers et leurs activités, mais dans la propriété effective de ces institutions. Qui les possède ? A quels niveaux ? Dans quel objectif ? Economique ? Politique ? C'est souvent difficile de le savoir, ce qui n'est pas pour rassurer. Elles sont gérées dans une certaine opacité, de par le fait de leur implantation dans des pays à gouvernance faible, et parce que leurs normes comptables ne sont pas toutes homogénéisées... D'où aussi leur requête auprès des grandes agences de notations internationales.

Enfin c'est une affaire à suivre !

Pays-clés : la Malaisie, le Soudan, la Turquie, l'Arabie Saoudite, et en Europe, le Royaume-Uni, mais aussi l'Allemagne, et de plus en plus la France, sur laquelle ces banques ont des vues légitimes au vu de la population d'origine musulmane.

Ci-dessus, un exemple d'un produit financier islamique.

Luc.

15/12/2008

Crise et consommation : il faut augmenter les salaires, pas les profits !

On dit souvent qu'en France la consommation des ménages (c'est à dire la nôtre, celle du "grand public") est le moteur de la croissance. D'où les craintes actuelles quand à la relance, car eh oui, après avoir vu le pouvoir d'achat grignoté ces derniers mois, les Français n'ont ni l'argent ni le moral pour continuer à consommer comme avant, et tirer le pays de la crise. A tel point que les commerçants s'inquiètent de cette période des fêtes qui n'en est pas une pour eux : un tiers des Français a décidé de faire plus souvent ses courses en hard-discount, et près d'un sur deux dépensera moins en 2009 qu'en 2008, avec des pans de l'économie qui souffriront plus que d'autres, comme l'automobile (37% des sondés par le Boston Consulting Group ont décidé de reporter leur achat), et les loisirs (des restaurants à l'électonique de loisir). Ces chiffres sont tirés d'un article du Figaro. Mais que veut dire exactement "consommation comme moteur de la croissance" ?

La France, abonnée à une croissance faible de 1 à 2% depuis le début du millénaire, ne redresserPIB 2005.jpga pas la tête en 2009 car la part de la consommation dans le PIB, chez nous, est d'un peu plus de 50% (56% en 2005). En un coup d'oeil sur ce graphique on comprend pourquoi la question du pouvoir d'achat des ménages devrait être primordiale dans la résorption de la crise, mais pas à n'importe quel prix ! Les pays qui ont fait le choix d'augmenter la part de la consommation dans le PIB (en supposant que c'était une constante plus "stable" que les investissements privés, par exemple), en font aujourd'hui les frais. Prenons le cas des Etats-Unis par exemple, pour qui la consommation interne représente 70% du PIB, un record mondial, qui va de pair avec le pendant négatif de ce score : l'endettement des ménages, comme le souligne cet article de Isaac Joshua : "l’extraordinaire montée de l’endettement américain : celui-ci s’élevait à 94 % du revenu disponible des ménages en 1995 ; il était à 103 % en 2000, le voilà à 135 % en 2005". C'est à dire que les ménages américains consomment l'intégralité de leur revenus (donc ils n'ont pas d'épargne), et ils consomment un tiers de leur revenu en plus (sous forme de crédit dont on connaît les conséquences en cas de retournement du marché).

La question est donc de savoir comment augmenter la consommation sans atteindre les tares du système américain, qui finissent par étrangler les consommateurs quand elles ne les jettent pas hors de leur maison. Eh bien il suffirait d'augmenter les salaires , plutôt que d'assouplir les conditions du crédit et de jeter la population dans les griffes des vendeurs de credit revolving, comme je le soulignais ici! "Impossible !", mais pourquoi, dans ce cas, les profits des sociétés du CAC 40 continuent-ils d'exploser, en temps de crise comme en temps normal ? Il faut tout de même rappeller, chiffres à l'appui, que ces sociétés ont fait des résultats 2008, supérieurs en moyenne de 12% à ceux de 2007. "Mais la chute va arriver et ne sera comptabilisée qu'en 2009". Après dégraissements ? De qui se moque-t-on, à la fin ? 2008 année record pour les entreprises, mais les consommateurs, eux, n'ont pas attendu la crise de l'automne pour sentir leurs porte-monnaie se vider, de 1,3% selon Leclerc, et ça ne va pas s'arranger.

Quelque part, les consommateurs sont vraiment pris pour des imbéciles, mais rassurons-nous, les grandes banques elles aussi viennent de perdre un maximum avec l'ancien cador de la finance Madoff, ancien patron du NASDAQ, responsable d'une fraude estimée à 50 milliards de dollars. Il est temps de changer de système. Enfin je ne vois pas les banquier pointer à Lidl pour Noël pour autant.

Luc.

 

 

 
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