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23/02/2010

Frais bancaires : ils ne nous rendent pas infidèles pour autant

consommaction comparatif frais bancaires résiliation arnaque fidélisation.jpgUne statistique "étonnament peu étonnante" pêchée sur le Figaro : seuls 6% des Français envisagent de changer de banque cette année. Les comparatifs bancaires (ou de frais bancaires) montrent pourtant que l'on se fait régulièrement avoir, pour rester poli. Mais le secteur a bien verrouillé les départs des clients avec des frais à la clé, et tout un tas de tracasseries pour transférer comptes, prélèvements ou crédits en cours. On est loin de ce que le secteur des télécoms a su (ou plutôt "a du") faire sous la pression de l'Union européenne notamment, avec la portabilité du numéro. Pourquoi n'y a t-il pas un numéro unique de compte en banque, comme un numéro de téléphone, que l'on pourrait "transporter" de banque en banque ? Voici le détail des chiffres :

"Les Français restent les clients les plus fidèles en Europe : 6% seulement envisagent de changer de banque principale cette année. D'après une enquête de Ernst&Young auprès de 6100Européens (Britanniques, Allemands, Belges, Espagnols, Français et Italiens), ils sont 11% en moyenne à vouloir changer de banque, un niveau jamais atteint, avec des pointes à 20 et 14% en Espagne et en Italie. Si les Allemands et les Italiens invoquent massivement les prix (à 55 et 50%) comme motif de mécontentement, les Français se plaignent surtout (à 22%) d'un manque de conseils."

Luc, Consommaction.

22/09/2009

Toujours plus de plaintes contre les banques

Une surprise ? Pas vraiment. Le Figaro nous apprenait la semaine dernière que les plaintes déposées par les consommateurs dans ce secteur étaient (les seules) en augmentation auprès de la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes, la célèbre DGCCRF dont je vous recommande les études, bilans et statistiques. Si le nombre de plaintes ont baissé récemment (-20%), c'est probablement car le gouvernement a mis en place un certain nombre d'initiatives intéressantes dans le domaine de la protection de la consommation, comme le numéro anti-SMS abusif 33 700, pris d'assaut, ou encore la nouvelle directive européenne concernant les normes sur les jouets (après les scandales des jouets chinois nocifs pour la santé).

Eh bien les banques, déjà pas en odeur de sainteté (voir le très bon supplément du Canard Enchaîné sur les "profiteurs de la crise", édifiant), réussissent quand même, dans ce contexte, à mécontenter toujours plus de consommateurs, d'où un nombre de plaintes en hausse de 15,1%, avec 2 277 cas pour le seul premier semestre 2009, contre 1 978 sur les 6 mois précédents. Mieux, les litiges portent sur l'explosion des tarifs bancaires, alors que justement, depuis cette année, les banques sont obligées d'envoyer le relevé annuel des frais "prélevés" (quelqu'un a dit "rackettés" ?) sur le compte des clients. Cette opération "transparence" ne marche donc pas du tout, puisque que les plaintes portent également sur les "pratiques commerciales trompeuses", les "mauvaises informations précontractuelles", bref, les jolis mots qui cachent les coups de massue. Il est vrai que pour s'y retrouver dans la jungle des tarifs bancaires, il faut être à la fois bon en math, patient, et avoir le temps d'éplucher des conditions générales complexes au possible. Ci-contre, un comparatif des frais bancaires des principales banques françaises.

 

comparatif-frais-bancaires-2009.jpg

Pour le reste, il n'y a pas grand chose à faire à part s'informer au mieux, car, comme le rappelait très justement Serge Maître de l'Afub, "vous avez le choix certes, mais entre la peste et le choléra". Quelques pistes quand même :

  • vous trouverez dans ce post des liens vers une émission de France Inter les "meilleures et les pires" banques françaises. Je ne m'étonne pas que la Banque Postale y soit bien placée.
  • un résumé d'une de mes aventures avec un organisme de crédit, Cetelem, qui m'avait énormément déçu. Avec le recul, j'en ris, mais ce témoignage montre bien la mentalité du secteur.
  • les associations de consommateurs spécialisées dans la banque, qui font un travail formidable, comme l'Afub de Serge Maître, qui conclut l'article du Figaro : "Cette hausse des litiges est aussi observée par l'Afub, l'Association française des usagers des banques. Les clients sont visiblement plus prompts à s'adresser à cette association qu'à la DGCCRF, car elle dit avoir reçu plus de 27 500 courriers en six mois. Et note l'apparition de nouveaux sujets de discorde, comme le refus de crédit, notamment immobilier. « Ce n'est pas sans rapport avec la situation de crise, celle du crédit, celle de l'immobilier et plus encore la crise bancaire », note Serge Maître, président de l'Afub".

Luc, Consommaction

26/05/2009

Ressorts psycho-sociaux de la "consomm'action"

no-ethiquette.jpg

En parcourant mes sites préférés, je suis tombé sur cet intéressant document : les Actes des Ateliers de la DGCCRF consacrés aux plaintes des consommateurs. Ces ateliers, qui ont lieu 2-3 fois dans l’année, regroupent des associations, des juristes, des fonctionnaires de Bercy, des universitaires et des intervenants des institutions européennes autour d’un thème lié à la consommation.

Et les Actes (pdf) de ces Ateliers fournissent une documentation passionnante sur ces sujets très contemporains : qui n’a pas eu de problèmes avec son opérateur téléphonique ou sa banque (voir les comparatifs des frais bancaires) ? Cette fois-ci, les Ateliers tentent d’apporter des éclairages sur les plaintes des consommateurs, dont j’essaie de vous tenir au courant sur mon blog. La journée, qui avait lieu en février, s’intéressait principalement à la caractérisation des plaintes (aspects psychologiques), à leur mesure (baromètre, scoreboards), et enfin leur traitement (comment on résout les conflits).

C’est la partie sur les ressorts psychologiques de la plainte qui est la plus intéressante à mon avis (mon avis de consommateur qui se plaint souvent, évidemment). La base de la plainte vient ainsi du sentiment d’insatisfaction du consommateur après son achat, cette insatisfaction se traduisant par des réponses comportementales (on tape, on crie, on avertit ses amis du défaut remarqué) et des réponses non-comportementales (on oublie, on a pas le temps de s’énerver pour ça, on est « passif »). D’autres sentiments sont également mis en jeu pour aboutir à une plainte : sentiment de frustration (qui augmente avec le nombre d’insatisfactions), sentiment d’iniquité, d’injustice (face notamment à la réponse de l’entreprise : fait-elle amende honorable ou s’enfonce t-elle dans sa rigidité, empirant le problème), et enfin, des attributs psychologiques propres aux individus (assurance qui autorise l’expression de son mécontentement).

D’autres ressorts sociologiques sont à prendre en compte. Le niveau d’éducation des individus joue beaucoup : une personne qui connaît le commerce, qui connaît les recours possibles, aura plus de facilité à déposer (en tout cas à exprimer) une plainte, car il sait l’entreprise ou le produit en tort, et il sait aussi qu’une réparation (remboursement, retrait du produit, geste commerciaux) est possible. Autre facteur, dont on évitera de tirer des conclusions mysogines ou sexistes : les femmes ont une propension plus élevée à la réclamation, probablement parce que ce sont plus souvent elles qui s’occupent du budget familial et des courses. Inversement, d’ailleurs, les personnes âgées ou les personnes habitant en zones très reculées, qui donc achètent moins souvent, ont moins tendance à se plaindre.

Enfin, cet intéressant chapitre rappelle que la plainte est un processus, et tous ceux qui ont un jour eu le courage de se mettre en action face à une injustice commerciale (frais bancaires abusifs, SMS surtaxés) en savent quelque chose. Dominique Roux, Professeur à l’Institut de recherche en gestion (Paris Est), parle du « coût » de la plainte pour le consommateur : effets de seuil (à partir de quelle moment je décide de porter plainte), coût de la plainte (en démarches, en recherche d’infos, en courriers à répétition), problèmes d’identification du responsable (le producteur ? le distributeur ? le fournisseur ? l’installateur ?)…

En guise de conclusion, on peut évoquer les pistes qui s’offrent au mouvement des consommacteurs, notamment celui, judiciaire, des « class actions ». Ces actions en justice (aussi appelés « recours collectifs »), si l’on traduit ce concept venu des Etats-Unis, permettent à des personnes lésées par un même service/produit/entreprise de se réunir et d’attaquer en nom collectif pour obtenir des dommages et intérêts substantiels. A titre d’exemple, l’affaire américaine Dukes v. Wal-Mart Stores, toujours en cours,  oppose l’ensemble des femmes ayant travaillé dans cette entreprise de distribution (soit … 1,6 millions de personnes) à la direction pour discrimination basée sur le sexe. J'avais aussi évoqué la possibilité pour les utilisateurs retourner contre les banques leurs propres chartes du développement durable. Il est donc dommage que Luc Châtel, le secrétaire d’Etat à la consommation, ait retiré l’amendement à la loi de la modernisation de l’économie qui aurait permis aux class actions de voir le jour en France (La Tribune).

Luc, Consommaction

Dessin de Bobodessin (recommandé par un consommacteur !)

 
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