Avertir le modérateur

04/02/2009

Acheter moins cher : un témoignage de consommateur

A la suite d'un post précédent sur le hard-discount, que vous trouverez également sur AgoraVox, voici le témoignage qu'une lectrice a laissé, je me permets de le restituer car je l'ai trouvé très instructif. Le blog de la lectrice est à cet endroit.

"bonjour.

je me suis fait radier de l’assurance chômage, en septembre dernier, comme des milliers d’autres. de 450 euros d’ASS, je suis passée à zéro. on allait au leclerc du coin, on a décidé, la mort dans l’âme (oui, là, plus de doute, on est vraiment pauvre, encore plus pauvre que les minima sociaux), on a donc décidé d’aller au lidl. très très méfiants.

bilan des courses: on a dépensé moitié moins, pour des produits similaires (parce qu’au leclerc, il ne faut pas se leurrer, on ne pouvait pas prendre les produits chers, on prenait le bas de gamme, les produits cachés tout en bas ou tout en haut des rayons !). et surtout, on a passé une demi-heure pour le ravitaillement d’une semaine, contre deux heures à leclerc.

comme "il n’y a rien à acheter", eh bien on achète pas grand chose, juste le strict nécessaire. et finalement, a-t-on vraiment besoin de plus ?

photo_1208439446611-1-0.jpgparmi les produits pas chers dans les grandes enseignes, si vous regardez le bas de gamme, vous trouvez de plus en plus du faux beurre, du faux fromage râpé (à base de soja, et uniquement de soja !) etc. à lidl, pas de place, pas de faux produits, que les vrais ! et contrairement à ce que je lis dans l’article, on en a plusieurs par type (une grande variété de yaourts, une dizaine de cafés, au moins cinq beurres justement, de marque ou non). je lis toutes les étiquettes, les produits de marque contiennent souvent beaucoup d’additifs, de glutamate, de graisse hydrogénée et toute sorte de trucs pas très réjouissants pour la santé. ces additifs, vous les payez, et quand il n’y en a pas, vous payez moins cher. simple.

je note tous les prix, toutes les semaines. en 8 mois de lidl, je n’ai vu que les œufs bio (oui oui, pas mal de bio à lidl !) prendre 15 centimes, pour en reperdre 17 la semaine suivante. rien d’autre n’a augmenté. ni baissé certes. quand je regarde mon fichier des prix leclerc, je suis prise de vertige. clairement, mon fichier lidl est tout blanc, tout plat, rien n’augmente, rien ne baisse. le leclerc, c’est un arc-en-ciel: promo par-ci, suivie immédiatement d’une méga augmentation (genre deux euros sur les saucisses, qui passent de 4 à 6 euros, et ce définitivement).

contrairement à ce que je lis dans l’article, notre lidl n’est jamais en rupture de stock de quoi que ce soit, les rayons sont toujours pleins (différentes gestions des stocks selon les magasins ?). pas mal de légumes bio aussi, très bons. pour le reste des fruits et légumes, j’apprécie de ne pas en voir certains: l’approvisionnement suit les saisons, donc pas de tomates en hiver. ah, quel drame, au leclerc, y en a plein des tomates en hiver ! elles sont toutes pâles, pleines d’eau, elles coûtent une fortune, mais c’est tellement bon une tomate en hiver... et ça pollue si peu de la faire venir de l’autre bout de la planète ! sincèrement, chez lidl, vous n’avez pas à vous préoccuper d’acheter des légumes de saison ou non, ils n’ont que des légumes de saison. meilleurs, plus frais, moins chers.

l’argument du producteur suisse de cornichon cité dans l’article est intéressant. c’est exactement la même argumentation que celle des majors du disque ou des grands labo. pharmaceutiques, bien connus pour leur philanthropie... si je veux un cornichon, je veux un cornichon, rien d’autre. pas la la petite grille en plastique pour ne pas me salir les doigts (que je vais payer), pas de nouvelles espèces hybride F1 aspergées de pesticides pour bien augmenter le rendement, pas de recherche type OGM (ils vont bien nous faire des cornichons OGM, non ?). quand je veux un cornichon, je veux un simple cornichon, rien d’autre !

pour ce qui est du personnel entièrement féminin, effectivement, je ne m’étais jamais fait la réflexion. et c’est vrai. maintenant, si lidl embauche des dames licenciées comme des malpropres à 50 ans par l’industrie locale et qui n’ont aucun espoir de retrouver du travail ailleurs, je suis bien contente pour elles (c’est la moyenne d’âge des vendeuses dans mon magasin). qu’elles fassent tout... j’étais vendeuse avant. et il y a 10 ans, tout à coup, on a dû commencer à tout faire, tout, y compris tenir des rôles à responsabilité, mais sans le salaire qui va avec. et aussi faire le ménage. je n’étais pas vendeuse dans un hard-discounter, j’étais vendeuse au musée d’orsay, réunion des musées nationaux...

peut-être y a-t-il une différence entre la province et paris: les employés dans mon lidl sont très sympas et très souriants (voire blagueurs). toute petite structure, à taille humaine. rien à voir avec l’énorme machine à broyer l’individu et le porte-monnaie qu’est le leclerc, juste à côté. leclerc qui, soit dit en passant, nous inonde de pub infâmes (que vous payez bien sûr) en répétant à l’envi les arguments du « candidat président » (pouvoir d’achat...). on n’y est jamais plus allé, et à vrai dire, ça nous angoisserait énormément d’y retourner. on veut du rapide, pratique, bon (et bio !), pas cher, avec en plus le sourire de la crémière !


pardon pour la longueur du message. bon courage à toussmiley "

Luc.

02/02/2009

Même chez les moins chers, c'est plus cher !

Pas de répit pour nos portes-monnaie et nos budgets ! Le Figaro nous apprend que le prix moyen du panier des courses dans les enseignes hard-discount a augmenté de 13% en deux ans, soit largement au-dessus du niveau général de l'inflation, et évidemment encore plus que l'évolution de notre pouvoir d'achat. 9% chez Lidl, 15% chez Aldi, 10% chez Netto, et même jusqu'à 18% chez Leader Price, l'un des plus connus et des plus présents en France. A titre personnel, je vois effectivement bien la différence : mon panier familial est passé en 2-3 ans de 60-70 euros à jamais en dessous de 100 euros pour les mêmes produits. Et je doute que, à la différence des grandes surfaces traditionnelles, il y ait tant de "profiteurs" que ça dans le hard-discount. Je m'explique.

Pourquoi le hard-discount est-il victime d'une hausse subite, alors que les Français plébiscitent de plus en plus ce type de réseau (plus par nécessité que par choix) ? Les enseignes à bas prix représentent en effet presque 14% du marché de la distribution, contre 7% en 2 000. On peut comprendre : malgré cette hausse des prix, le panier reste 32% moins chers que les marques de distributeurs (les "MDD") et 88% moins chers que les articles de marques des grandes surfaces. Seulement, le hard-discount ne dispose pas de beaucoup de marges de manoeuvre.

Les conditions de travail, d'abord. Difficile de faire plus spartiate qu'un Lidl ou qu'un Aldi (Leader s'en sort un peu mieux). Pas de chaises pour les caissières : «Si elles sont assises, les caissières sont beaucoup moins rapides, constate Didier Cayla, chef de magasin Lidl à Lunel et responsable syndical CAT (Confédération autonome du Travail). Or elles ne doivent pas dépasser 50 secondes pour encaisser.» (Nouvel Obs). Car avec la hausse de la fréquentation, les files aux caisses s'allongent, et les clients n'aiment jamais attendre. Pas de garçons non plus : moins dociles que les femmes, paraît-il. Les hard-discounters ont beau avancer qu'ils paient plus que la concurrence (de 10 à 20%), c'est au prix d'une "flexibilité" accrue, comme en témoigne Fatiah Hiraki, chef de magasin Lidl en région parisienne : «On est obligé de tout faire. Le chef de magasin passe la serpillière et fait la caisse. Les caissières, elles, doivent aussi s'occuper des rayons. Et faire de la manutention.» Et terminer à 22h n'est pas anormal. Du coup, c'est quand même un comble, les caissières de Monoprix sont considérées comme caissières de luxe !

arton264.gifLes prix bas, ensuite. Comment font-ils pour casser les prix à ce point, sachant que les fournisseurs sont les mêmes qu'en grande distribution ? Plusieurs solutions : la pression sur les prix. Pour un producteur de type PME européenne, le cas de nombreux fournisseurs de supermarchés, difficile de négocier avec une centrale d'achat qui permet à sa production un écoulement garantie (mais à quel prix ?). Et c'est donc le producteur qui doit se débrouiller de son côté pour modifier son produit, en faire une version hard-discount. Conséquences : la R&D de certaines PME passe à la trappe, pourquoi développer de nouveaux produits, des améliorations, si elles sont invendables en hard-discount ? Le cas de Reitzel, producteur suisse de cornichon, est à ce titre intéressante :« Dès l'instant où le client paie le bocal uniquement à son prix de revient, on va arrêter de faire de la recherche et du développement. On va arrêter d'investir dans les nouvelles installations. C'est évident que c'est un risque pour le tissu économique ».

Enfin, un système de logistique a flux ultra-tendus. On constate très souvent que les rayons des hard-discounters sont à moitié vide, et pour cause, mieux vaut ne pas avoir le produit que d'en avoir trop, ce qui ampute instantanément des marges déjà très basses. Un seul produit par besoin (et c'est la une différence majeure avec les grands distributeurs), donc moins de surface de vente, moins de frais de gestion des fournisseurs (WebLibre).

Que conclure ? C'est un vrai dilemme pour les consommateurs. Acheter à bas prix pour sauvergarder son budget, mais du coup favoriser un système tout de même précaire pour les employés, les fournisseurs ? Ou devoir raquer en grande surface quand on n'est pas plus certain que cela développe l'activité locale ? A titre personnel, j'achète désormais fruits et légumes en bio (mais j'en achète moins), le reste en hard-discount, mais avec à chaque fois un pincement au coeur en me disant que les gens qui y travaillent n'ont pas l'air épanouis. Vous arrivez à résoudre ce problème, vous ?

Luc

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu