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07/05/2010

La philosophie pour enfants, c'est étonnant

philosophie pour enfants philosophie magazine les petits platons.pngOn a l'impression que ce sont les plus petits qui posent les plus grandes questions, souvent, et qu'à mesure que l'âge nous rattrape, notre boulot, notre vie quotidienne et le rythme généralement crescendo de nos semaines et de nos mois nous éloignent de l'essentiel. C'est l'un de mes neveux, qui a lu un super bouquin sur la mort de Socrate commence à son tour à (se) poser beaucoup de questions, qui m'a fait réfléchir à cette sensation que j'ai de ne plus avoir le temps de penser profondément, intensément. Pourtant ses questions à lui ne sont d'apparence pas très compliquées : "c'est quoi, la mort ?" "pourquoi tu l'aimes depuis tout ce temps" (eh là !), "est-ce que c'est un vrai ami ?", mais derrière, en creusant un peu, ce sont les questions classiques qui reviennent, sur l'amitié, la vie, la pensée, la conscience... en faisant un peu attention, à cet âge là, ça cogite vraiment ! Sa mère, qui est institutrice, rejoint la discussion (d'accord, elle me sauve d'une discussion qui dérive sur la philosophie et que je maîtrise mal). Me parle de la "philosophie pour enfants" (n'est-ce pas la même que la "philosophie" tout court), de la manière d'entretenir le questionnement de ces gamins qui n'ont pas nos petites gênes pour exprimer leurs ressentis.

Je commence à comprendre, au fil de la discussion, que c'est quelque chose que je trouve intéressant, moi qui passe mon temps libre à me demander comment changer cette société qui tourne parfois bizarrement (si vous me suivez, vous savez que la manière dont le commerce de masse fonctionne ou pourquoi on nous refourgue des aliments bas de gamme me révolte et me pousse à trouver des solutions). Car c'est aussi une question d'éducation. Et plutôt que d'avoir l'impression de lutter contre des moulins à vent (nos comportements d'adultes, moi-même je ne suis pas toujours en harmonie avec mes désirs de vie, faute de temps, de moyen, de volonté). Alors, la philo pour enfants, pourquoi pas, si ça peut les amener, tôt, à réfléchir sur des questions qui reviendront les interroger plus tard comme c'est mon cas.
philosophie pour enfants philozenfants.png
De ce que je me souviens, la philosophie, c'était compliqué. Les noms des auteurs, impressionnants, massifs. Les "dissert'", je n'étais pas bon, loin de là, terrorisé par la feuille blanche, les idées qui germent un peu mais qui ne "sortent" pas. Alors des enfants... comment voulez-vous qu'ils y comprennent quelque chose ? La solution réside peut-être dans un enseignement particulier qui est la philosophie pour enfants. Car oui, c'est bien une matière en soi, qui vise à développer les capacités réflexives des mômes, par des moyens particuliers. C'est à dire parfois de la vulgarisation un peu bêtasse, et parfois de belles histoires. De plus en plus, ce sont des livres pour enfants qui s'emparent de ce sujet, me confie ma soeur. C'est à dire des livres illustrés, avec des textes adaptés, mais qui peuvent, si l'alchimie prend bien, être compris par les enfants... et par les adultes, je rajoute, car ça ne me ferait pas de mal de commencer par ce qui est accessible.

philosophie pour enfants les petits platons folle journée du professeur kant.pngIl existe deux approches, à priori. Celle par thèmes, comme chez Nathan, Milan ou Gallimard, qui permet de faire écho à une question. La vocation pédagogique est mise en avant, du coup c'est presque une sorte de manuel (un peu comme les encyclopédies "Junior", pour ceux à qui cela évoque quelque chose). Le problème, c'est que ça reste malgré tout théorique, un peu « scolaire » au mauvais sens du mot. L'autre approche privilégie les histoires que les auteurs eux-mêmes racontent, comme dans la collection des Petits Platons, qui choisit les textes-clés d'un philosophe, pour rentrer dans sa vision du monde. Ce qui permet d'avoir une porte d'entrée amusante vers un continent (typiquement, le titre sur Kant que m'a montré ma soeur est assez étonnant, puisque le philosophe qui me paraissait le plus abrupt se présente en randonneur dont la flanerie amoureuse amène un tas d'idées, et des réponses pour mon neveu qui se demandait pourquoi j'aimais ma femme après tout ce temps...). Leur site permet, pour les amateurs de minis-jeux, de manier une "mitraillette philosophique" pour que Kant évite les obstacles métaphysiques.



Il existe également des ateliers de philosophie pour enfants, le site des p'tits philosophes propose ainsi tout un programme pour apprendre à argumenter, concevoir, réfléchir (ce qui ne fait pas de mal vu la soupe que l'on nous sert traditionnellement à la télé et dans la pub!).

 

Luc, Consommaction

17/02/2010

Des journées de la Consommation Responsable au Québec

Voilà une initiative intéressante que l'on serait bien malins d'importer en France ! C'est une Université du Québec (Université Laval) qui a eu l'idée d'organiser deux journées de la consommation responsable (dommage, c'est un peu loin, cher et polluant pour un week-end !), comme le rapporte Québec hebdo :

"L’instigateur de ce projet, Seydou Doumbia, justifie l’organisation d’un tel événement par un constat de paradoxe. «Ce sont les jeunes qui font l’avenir, mais les jeunes ne sont pas au cœur de l’action. Les jeunes ont un rôle d’agent de changement et c’est important pour la préparation de l’avenir de la société», déplore M. Doumbia, fondateur de Ref Clothing, une compagnie de vêtements éthiques et engagés.

L’événement est séparé en deux volets. «La première journée, c’est pour réfléchir. La deuxième est concentrée sur l’action», explique Chaher Mohamed, un animateur de l’activité. Pour la foire de l’engagement, où des commerces et des entreprises s’appuyant sur des valeurs responsables présentent leurs produits, M. Mohamed espère la visite d’au moins une cinquantaine de personnes.

Marie-Ève Thérien, copropriétaire de la boutique Blank, à Québec, est venue s’afficher à la foire. «On veut s’associer à des gens qui ont des valeurs qui nous ressemblent», fait-elle valoir. Mme Thérien remarque par ailleurs que de plus en plus d’étudiants sont conscientisés aux impacts de leurs achats.

Consommation responsable québec consommaction.png
Le fondateur de la compagnie Ref Clothing et organisateur des Journées de l’Engagement et de la Consommation Responsable,
Seydou Doumbia, tenait un kiosque lors de la foire d’achats.

Jecorespon vise à sensibiliser les citoyens au fait qu’ils peuvent faire une différence dans le monde dans lequel ils vivent. «On a terriblement besoin de gens qui prennent des initiatives pour faire savoir l’importance de prendre ses responsabilités», a déclaré en première journée le président d’honneur de l’événement et directeur de l’Institut du Nouveau Monde, Michel Venne.
Autrefois journaliste pour le quotidien Le Devoir, M. Venne dit percevoir le citoyen simplement. «C’est quelqu’un qui a le souci des autres. Il est conscient et il admet qu’il a une responsabilité au-delà de lui-même», a affirmé M. Venne."

Alors, qu'attend-on pour bâtir, en France, une initiative de ce type ? Un picnic de l'éco-consommation ?

08/12/2009

Le concept de « force faible » ou le nouveau pouvoir des consomma(c)teurs

peu de temps cette semaine, mais je ne vous laisse pas démuni avec cet intéressant article trouvé sur AgoraVox !

"La crise des élites comme celle des marques - suivant qu’on s’intéresse aux champs politique ou économique - marque en réalité un rééquilibrage de la balance des pouvoirs au profit des citoyens ou des consommateurs. Il n’y a plus de leaders incontestés, sauf sans doute en Corée du Nord et c’est sans doute là l’aspect le plus positif du phénomène des « forces faibles ».". Décryptage de Sébastien Durand*, expert en stratégies marketing et communication, que je remercie de m’autoriser à publier son article sur AgoraVox.

« Force faible » : voilà qui peut sembler de prime abord un oxymore ! Le terme appartient pourtant bien à la physique des particules : la force faible - ou interaction faible - est l’une des quatre forces fondamentales de la nature, les trois autres étant la force de gravitation, la force électromagnétique et l’interaction forte. On parle de force faible car elle a un champ d’action à courte portée, limité au noyau atomique. Mais son intensité croît exponentiellement avec l’énergie des particules en présence. Autrement dit, et pour quitter le champ de la physique, elle est faible individuellement mais forte collectivement.
Attention, il faut distinguer cette « force faible collective » de la notion d’« intelligence collective » théorisée par Pierre Lévy dans les années 1990 et ressuscitée dix ans plus tard avec le culte du « participatif ». Il n’y a en réalité dans la force faible aucun jugement de valeur, juste la reconnaissance d’une forme de pression qui s’exerce : plus on est nombreux, plus on pèse...

LA FORCE FAIBLE OU LE LOBBYING 2.0
Ainsi, France Télécom - qui est un cas d’école en matière de mauvaise communication institutionnelle en général - s’est encore illustré récemment en réclamant le paiement de factures s’élevant à plusieurs dizaines de milliers d’euros à quelques abonnés qui avaient cru de bonne foi avoir souscrit des abonnements illimités. La mobilisation s’est organisée, principalement sur Internet, et les messages dans les forums et sur les réseaux sociaux ont fait voir rouge aux abonnés d’Orange. L’opérateur historico-monopolistique a eu beau arguer de son bon droit et renvoyer les mécontents à la lecture des petites lignes de leur contrat, il a dû faire marche arrière, annuler les factures et annoncer la mise en place de nouvelles procédures d’alerte quand les téléchargements dépassent un certain seuil. On pourrait aussi citer la loi Hadopi qui entend criminaliser des jeunes qui ne vont pourtant pas cesser pour autant de télécharger des fichiers, l’accès gratuit à la musique leur apparaissant désormais - à tort ou à raison - comme une liberté fondamentale. Il est des victoires juridiques qui sont des défaites morales.

Jadis, quand les sachants s’exprimaient, leur parole était d’or et éteignait la contestation
Mais aujourd’hui, et le web 2.0 y est pour quelque chose, tout a changé. Bon gré mal gré, les entreprises doivent apprendre à faire avec ces consommateurs qui prennent de fait de plus en plus de pouvoir, non pas parce qu’ils sont plus légitimes qu’elles mais parce qu’ils sont plus nombreux. Là est sans doute une clé de la réponse à apporter - par les élites, par les marques - à ce phénomène des forces faibles : ne pas lutter frontalement, ne pas apparaître au-dessus - et donc méprisant - mais à côté... et donc en fait dedans et dehors à la fois.

SAVOIR DOSER LES FORCES FAIBLES
Concrètement, si vous voulez mettre cette idée des forces faibles au coeur de votre démarche marketing et communication, cela ne passe pas simplement par une meilleure veille ou une présence renforcée sur les réseaux sociaux. Cela implique également deux conséquences très pratiques :


- La première est l’abandon du consensus mou qui gangrène nombre de conseils d’administration : à vouloir plaire à tout le monde en général, on ne plait à personne en particulier. Il faut donc ré-apprendre à cliver. C’est comme en politique. À part dans la Tunisie de Ben Ali, on n’est pas élu avec 100% des voix. La victoire revient à celui qui convainc un électeur - un seul - de plus que son adversaire ;


- La seconde est que les entreprises doivent accepter la perte de contrôle qu’elles avaient jadis sur leurs produits ou leur image et la remplacer par une capacité à influencer et à renforcer leur réputation. Dans le débat de l’été dernier sur les iPhones/iPods qui « explosaient » à la figure de leur propriétaire, ce qui a sauvé Apple, c’est la mobilisation rapide de ses fans, forces faibles qui ont crû exponentiellement plus vite que celles déployées par ses détracteurs... à moins qu’un « chimiste de talent » n’ait su agiter ces particules dans le bon sens ! C’est en tout cas ce que certains ont écrit, le refus de toute communication officielle de la Pomme ne signifiant nullement qu’elle n’agissait pas en coulisse.

Les entreprises du monde qui vient doivent apprendre à manier les oxymores à leur tour et répondre aux « forces faibles » par... un « pouvoir doux ». Ce fameux soft power qui sait créer l’émotion, donc le désir, et qui est l’une des clés du succès du storytelling.



- *Sébastien Durand, expert en stratégies marketing et communication, utilise le storytelling (ou communication narrative) afin d’aider les entreprises à vendre plus et mieux, à mobiliser leurs collaborateurs et à entretenir des relations à long terme avec leurs consommateurs. www.leStorytelling.com. Découvrir "La newsletter du storytelling" de décembre 2009 : http://lestorytelling.com/newslette...
Remerciements : Véronique Anger-de Friberg, journaliste et auteur, avec qui j’ai initié la discussion dont cet article est le résultat. En librairie actuellement : La dernière Croisade. Des Ecolos... aux Ecolomaniaques ! (L’Arganier, sortie le 24/11/2009).
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Variations sur le même thème, à lire dans Les Di@logues Stratégiques :

- "La révolte du Pronetariat", Joël de Rosnay et Carlo Revelli (18 octobre 2005) : http://www.lesdialoguesstrategiques...

- "Des Mass média aux média des masses" (mai 2005) : http://www.lesdialoguesstrategiques...
 
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