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09/01/2009

Autopsie statistique d'un pays en crise, et qui ne s'en relèvera pas

J'y réfléchis depuis quelque temps : que fait notre pays face à la crise ? où en est-on vraiment ? que peut-on espérer de la sortie de crise ? quelle sera la place de la France d'ici 5 ans, une fois l'économie (on espère) remise sur pied ? C'est en cherchant des bouts de réponses à ces questions que je me suis rendu un peu plus à l'évidence : c'est encore pire que ce que l'on pourrait penser, et pourtant je n'ai pas tendance à verser dans l'alarmisme et le défaitisme. J'élargis la problématique de la crise actuelle à une crise plus durable pour notre pays, un glissement lent mais certain vers un pays de seconde zone, qui ne pourra qu'être un suiveur dans la première partie du XXIé et non plus un initiateur. Voici ce qui alimente mes craintes :

  1. Les statistiques de l'INSEE, qui sont dans ma blogroll, et que je n'avais pas consulté depuis quelques temps. Rien ne va plus ou presque, et encore, les statistiques de la Nation mettant toujours du temps à paraître, celles-ci datent de l'automne ou de l'hiver, et l'on sait que celles à venir, au printemps, seront plus marquées encore par la crise.

    gfiche8g1_350.jpgVoici les principaux tableaux et indicateurs de la fin de 2008. Ce premier tableau nous indique l'évolution des salaires mensuels et horaires en France depuis 1999, c'est à dire depuis 10 ans, bien avant la crise, et même avant la crise précédente de 2001-2002, celle qui avait fait suite au 11 septembre. On voit bien que la baisse des salaires date d'avant ces crises. Quel type de pays espère faire croître sa population, ses envies, sa puissance, en suivant ce type de courbe ?

    Le second tableau, à droite, montre l'évolution de l'opinion des ménages. Face à quoi ? A tout ou presque : à l'évolution future de leur niveau de vie (belle anticipation, ou crise de confiance généralisée ?), à l'évolution future de leur situation financière personnelle (en vert ici), et l'indicateur synthétique en bleu sur le graphique comprend aussi l'opportunité de faire des achats importants (on voit aujourd'hui que lafiche8g5_350.jpg "prime à la casse" tente tant bien que mal d'enrayer le report de l'achat de voitures neuves), la capacité des ménages à épargner, et leur opinion concernant l'évolution passée des prix et leur évolution future. Que du bonheur, comme on le voit sur ces courbes qui ne font que plonger. Encore une fois, l'intérêt de ces graphiques est de nous montrer que cette tendance ne date pas de l'été 2008, début de la crise économique (l'été 2007 servant de date anniversaire à la crise financière), mais que depuis une décénnie au moins, notre pays n'y croit plus.

  2. Les moyens mis en oeuvre pour contrer la crise. Ils reflètent tout à fait l'incompétence de l'Etat en matière de visée à long terme et de redressement d'une économie qui va avoir du mal à s'inscrire dans le cadre du XXIe siècle. Selon le Monde du 25 novembre (archives), "La France envisage de mobiliser 1 % de son PIB, en conformité avec le plan de Bruxelles, qui suggère également d'allonger les indemnités de chômage. La France envisage de mobiliser près de 19 milliards d'euros pour son plan de relance de l'activité économique.". Entretemps, le déficit public, limité en principe à 3% par l'UE, passera de 2,9% actuellement à presque 4% (Le Figaro). Pas de quoi sauter au plafond. Mais le pire réside dans la comparaison avec les autres pays industrialisés.

  3. Car c'est là que le bât blesse. Si la crise touche tout le monde, tout le monde ne réagit pas pareil, et force est de constater qu'en Allemagne ou aux Etats-Unis, pour ne prendre que les exemples les plus frappants, on prépare avec plus de sérieux la sortie de crise. L'Allemagne va consacrer de son côté une première relance de 50 milliards d'euros (Le Monde). C'est plus de deux fois plus que la France, et la taille de l'économie allemande est un peu supérieure à la nôtre, pas deux fois plus. Du côté des Etats-Unis, "là où est née la crise", même si ce triste constat ne change rien à la donne, ce n'est pas un misérable 1% du PIB qui sera consacré à la relance mais bien 6%, soit 700 milliards de dollars. La conclusion de ce point est extrêmement simple : l'Union Européenne met 200 milliards d'euros sur la table pour 450 millions d'habitants, les Etats-Unis mettent 700 milliards de dollars (510 milliards d'euros) pour 300 millions d'habitants. (France 24 et Libération)
  4. Au-delà des chiffres, il importe aussi de savoir ce que l'on en fait. La France lâche donc quelques 20 milliards d'euros, une poussière, dont une bonne partie ira où ? Sponsoriser la prime à la casse, aider les sous-traitants de l'automobile, bref, mettre quelques pansements sur une industrie vieillissante, qui fait déjà partie du siècle passé en terme de prospective. Aux Etats-Unis, la relance des 3 grands constructeurs de Detroit est soumise à l'impératif qu'ils sortent rapidement la voiture "verte", celle qui ne roulera pas au pétrole, une ressource qu'on sait déclinante et polluante depuis un certain temps. L'Usine Nouvelle nous donne d'ailleurs des chiffres accablants : L'Europe donne 5 de ses 200 milliards dans du "green business", les Etats-Unis près de 200 milliards de dollars... Sachant qu'il faut dix ans pour imaginer, rechercher, concevoir, produire et mettre sur le marché une voiture, je vois d'ici le panorama des années 2020. Les Etats-Unis, toujours si réactifs et mené par une "Dream Team" au gouvernement (Obama en président, Steven Chu, prix Nobel, au département de l'Energie, Clinton aux Affaires Etrangères, et le reste du gouvernement est à l'avenant), auront réussi à tirer parti de la crise en modifiant profondément leur économie et en en faisant un fer de lance du XXIè. La Chine, dont les scooters sont déjà au tout-électrique (à Shanghaï, il paraît qu'on ne les entend plus, quand on sait le vacarme que causent les deux-roues en France, on se croirait au XIXe), sera également très avancée. La France, elle, regardera d'un oeil hagard sa production automobile mourir à petit feu faute d'avoir su prendre le virage vert lors de la crise des années 2007-2009.

A vous de me dire si je nage en plein délire ou si vous aussi, vous vous souciez sérieusement de l'avenir de notre pays. Encore une fois, la crise actuelle n'est qu'un prétexte pour parler d'un mal plus profond, celui d'un pays qui n'a plus confiance, dont les élites sont systématiquement coupées de leur population (imagine t-on une ferveur à la Obama pour un Sarkozy, une Aubry, un Copé, un Dray ?), et dont l'incompétence en terme d'économie politique est criante. Heureusement, nous avons le joli sourire de Mme Lagarde et l'"heureux évenement" de Mme Dati pour nous changer les idées.

Luc.

 

 

 

 

 

 

 

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